« Le médecin de Cape Town », E. J. Levy

Éditions de l’Olivier, 2023

Points, 2024

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy

Roman Historique × Histoire vraie × Afrique du Sud × Identité

Note : 3.5 sur 5.

Nous sommes au XIXème siècle, à Cork, en Irlande. La famille de Margaret Brackley se retrouve sans le sou, et avec l’ultime espoir que l’Oncle Perry puisse tout arranger, la mère et la petite se rendent à Londres. Ce voyage va alors tout changer, et le destin de Margaret prend soudain une trajectoire tout à fait inattendue.

À une époque où les droits des femmes étaient bafoués, où les opportunités étaient inexistantes, quel avenir pour Margaret ? Et si Margaret devenait… Jonathan ? C’est un pari fou, un risque qui défie les lois et les principes. Pourtant, à treize ans, la jeune Margaret s’efface, disparaît, pour laisser place à Jonathan Mirandus Perry. C’était bien là le seul moyen pour que notre protagoniste devienne l’un des plus grands médecins de son époque.

De l’Irlande à l’Afrique du Sud, en passant par l’Écosse et l’île Maurice, Le médecin de Cape Town est l’histoire vraie du Dr James Miranda Barry, chirurgien de renom au XIXème siècle. Embarquez pour une aventure unique avec ce roman qui se lit comme une biographie, un roman d’apprentissage, une histoire d’amour et un récit d’aventures, tout ça à la fois.

Il est important de souligner que ce roman est bien ce qu’il est : un roman. L’autrice nous propose avec cet ouvrage son interprétation de la vie du Dr Barry, son interprétation des recherches qu’elle a menées, des recherches qui sont elles-mêmes des interprétations d’historiens.

“Que sommes-nous, après tout : l’ensemble de nos accomplissements ? Notre nom ? La somme de nos actions ? Je suis la personne que j’ai créée, ce que j’ai fait, ni plus ni moins”

En voilà un roman qui bouscule les idées établies et sûrement les convictions de certains. Nombreuses thématiques et problématiques sont abordées dans ce récit, mais sans surprise, la question du genre est prédominante. La définition du genre, notamment.

J’ai été agréablement surprise par la simplicité de certains propos qui rend toute la réflexion de l’autrice très accessible. Peut-être que cela s’explique par le parcours assez hors du commun de notre protagoniste qui entreprend ce changement d’identité, de vie, par nécessité et “stratégie” plus que par intuition ou évidence — c’est quasi mathématique : Margaret veut devenir médecin mais seuls les hommes sont autorisés à intégrer la faculté, alors Margaret devient Jonathan, futur Dr Perry. C’est un choix pragmatique que le lecteur peut aisément imaginer dans un contexte historique tel que celui-ci, d’autant que le récit est écrit à la première personne du singulier, le rendant plus engageant.

C’est une bonne introduction pour la suite du roman qui est plus complexe dans les ressentis de Jonathan. Car il ne s’agit pas d’un rôle, d’un jeu, d’un costume qu’il ôte une fois le rideau baissé. Jonathan Mirandus Perry est une personne à part entière. Pourtant, il y a bien une dualité chez notre protagoniste… mais cette dualité lui est imposée, il ne cesse d’être confronté à lui-même. Cela passe par des remarques, des regards, des rumeurs mais aussi des évènements politiques, sociaux. Certains passages sont vraiment percutants et donnent matière à réfléchir, mais il est difficile de les aborder sans vous révéler des pans importants de l’histoire… 

On est ébahi tout au long de la lecture en voyant un ado timide mais terriblement intelligent devenir une telle force de la nature. C’est un parcours unique, qui impose le respect.  

“Il semble que je sois incapable de garder ce que j’aime.”

Si ma lecture a été fluide — la traduction est excellente — je dois bien avouer que mon intérêt s’est parfois un peu essoufflé. J’aurais voulu voir davantage des prouesses chirurgicales du Dr Perry, et peut-être moins de ses relations sociales (même si toutes ses rencontres font partie intégrante de son histoire et de son évolution). Il y a un léger déséquilibre sur ce plan dans la deuxième moitié du livre, et c’est dommage. 

De plus, sans rentrer dans les détails, j’ai trouvé que certains personnages profitaient de la vulnérabilité du Dr Perry à certains moments, et ces passages n’étaient ni nuancés, ni abordés avec le recul dont notre narrateur peut faire preuve à d’autres moments dans le livre.

On a malgré tout un roman captivant, bien ancré dans son contexte historique qui ne sert pas que de toile de fond. Le récit est documenté, la bibliographie révélée par l’autrice à la fin du livre est interminable ! Après cette lecture, je suis curieuse de découvrir des ouvrages plus scientifiques et historiques au sujet du Dr Barry.

Marie

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